Temps perdu

Temps perdu
-Mais qu'est-ce que tu fais encore là ?

-Bah, à ton avis ?

-Au lieu de te morfondre, pense plutôt que l'amour, peu importe comment ça s'est commencé, comment ça s'est fini, justement, c'est hors du temps et l'espace....

-Ouais, et ?

- Et tu devrais jetter un simple coup d'oeil à une horloge digitale. Le temps ne vient de nulle part, il ne va nulle part. C'est l'instant. Et on est tous obsédés par l'instant: la guérison-instant, le sexe-instant.

-Et s'il allait quand même quelque part ?

-Absurde.

-Bah moi je me lance à sa recherche






# Posté le lundi 28 janvier 2008 16:01

Modifié le lundi 28 janvier 2008 16:13

Gaia's ending

Gaia's ending
Il y avait bien 17 ans qu'aucune fille n'avait vue le jour. Les efforts scientifiques étaient restés vain, malgré les expériences des plus tordues. Les philosophes s'en délectaient de mille et uns discours: La fin de l'humanité était imminente.

Pour ne pas céder à la folie, la population continuait de travailler, d'élire des dirigeants et de se distraire, comme si reproduire la vie quotidienne inlassablement pouvait faire oublier. La société embrigadée s'adonnait à de nombreux sports, qui développaient les capacités physiques. Mais chaque nouvelle naissance, chaque faible espoir était accompagné par la tête du docteur, surgissant derrière le rideau, pour anoncer aux parents, la mine déconfite: "Désolé. C'est un garçon."

La plus jeune femme au monde était protégée et gardée à l'écart de tout ce chaos. A l'âge de 3 ans, elle avait été arrachée à ses parents qui l'avaient appelée Lynn. Mais ses ravisseurs, qui se voulaient porte parole de l'humanité, l'avait rebaptisée Pléïade : nom donné dans l'Antiquité aux 7 filles du Dieu Atlas. Pléïade, que personne n'avait jamais vue, était le nom prononcé sur la planète environ toutes les 10 secondes. Peu d'images circulaient d'elle. Les dirigeants tenaient à la garder à l'abri. Cette mise à l'écart n'avait pas empêchée la naissance d'une nouvelle religion, des milliers de fidèles vénéraient la jeune fille, et la voyaient comme une divinité. Beaucoup avaient cherché à la peindre, ou la sculpter. Etait elle blonde? brune? Cette information aurait value des millions.


Quelque part dans un endroit inconnu, Pléïade était étendue paisiblement sur une banquette de satin, plongée dans un livre de Zola et totalement inconsciente de l'agitation qu'elle générait à l'extérieur. Elle était frêle, de santé irrégulière, les jambes noueuses et ses côtes sortaient de son buste maigre. Ses yeux gris retournaient inlassablement à la ligne, dévorant les pages translucides. Au loin, dans son jardin artificiel, de nombreuses fleurs éclosaient, les unes après les autres, comme par magie. En réalité, de légères secousses électriques parcouraient chaque tige, pour accélérer la floraison. Pléïade avait passé son enfance à observer ces fleurs multicolores. Elle n'avait jamais cherché à explorer les limites de sa cage dorée. Chaque fois que l'idée l'effleurait, une douce musique venant des tréfonds de son cerveau la parcourait lui susurrant de s'adonner à la couture, ou bien d'aller pîquer une tête dans la piscine. Elle détestait pourtant l'eau.

Suite bientôt




La nuit porte conseil, je continuerai demain...

# Posté le vendredi 02 novembre 2007 20:26

Modifié le samedi 03 novembre 2007 10:13

En pleine flemmingite hebdomadaire..

En pleine flemmingite hebdomadaire..
Extrait de Voyage au bout de la nuit de Céline:

"_Est-ce vrai que vous soyez réellement devenu fou, Ferdinand? me demande t-elle un jeudi.
_Je le suis ! avouai-je.
_Alors ils vont vous soigner ici?
_On ne soigne pas la peur, Lola.
_Vous avez donc peur tant que ça ?

_Et plus que ça encore, Lola, si peur, voyez vous, que si je meurs de ma mort à moi, plus tard, je ne veux surtout pas qu'on me brûle ! Je voudrais qu'on me laisse en terre, pourrir au cimetière, tranquillement, là, prêt à revivre peut être...Sait-on jamais ! Tandis que si on me brûlait en cendres, Lola, comprenez vous, ça serait fini, bien fini...Un squelette, malgré tout, ça ressemble encore un peu à un homme...C'est toujours plus prêt à revivre que des cendres...Des cendres, c'est fini ! Qu'en dîtes vous ?...Alors, n'est-ce pas, la guerre...

_Oh ! Vous êtes donc tout à fait lâche, Ferdinand ! Vous êtes répugnant comme un rat...

_Oui, tout à fait lâche, Lola, je refuse la guerre et tout ce qu'il y a dedans... Je ne la déplore pas moi... Je ne me résigne pas moi... Je ne pleurniche pas dessus moi... Je la refuse tout net, avec tous les hommes qu'elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils neuf cent quatre-vingt-quinze millions et moi tout seul, c'est eux qui ont tort, Lola, et c'est moi qui ai raison , parce que je suis le seul à savoir ce que je veux: je ne veux plus mourrir.

_Mais c'est impossible de refuser la guerre, Ferdinand ! Il n'y a que les fous et les lâches qui refusent la guerre quand la Patrie est en danger...

_Alors vivent les fous et les lâches ! Ou plutôt survivent les fous et les lâches ! Vous souvenez vous d'un seul nom par exemple, Lola, d'un de ces soldats tués pendant la guerre de Cent Ans ?... Avez-vous jamais cherché à en connaître un seul de ces noms ?... Non, n'est-ce pas? ... Vous n'avez jamais cherché ? Ils vous sont aussi anonymes, indifférents et plus inconnus que le dernier atome de presse papier devant vous, que votre crotte du matin... Voyez vous donc bien qu'ils sont morts pour rien, Lola ! Pour absolument rien du tout, ces crétins ! Je vous l'affirme ! La preuve est faite ! Il n'y a que la vie qui compte. Dans dix mille ans d'ici, je vous fait le pari que cette guerre, si remarquable qu'elle nous paraîsse à présent, sera complètement oubliée... A peine si une douzaine d'érudits se chamailleront encore par-ci, par-là, à son occasion et à propos des dâtes des principales hécatombes dont elle fut illustrée...
C'est tout ce que les hommes ont réussi jusqu'ici à trouver de mémorable au sujet les uns des autres à quelques siècles, à quelques années et même à quelques heures de distance...
Je ne crois pas à l'avenir, Lola..."


(...) Méprisable elle me jugea, définitivement. Elle résolut de me quitter sur le champ. C'en était trop. En la reconduisant jusqu'au portillon de notre hospice ce soir-là, elle ne m'embrassa pas.

# Posté le dimanche 14 octobre 2007 09:57

Merci mamie Jo lol

Merci mamie Jo lol

Joelle a 12 ans. Son visage, encadré par deux longues tresses noires, possède encore la pureté de l'enfance, malgré ses boutons qui rappellent une puberté tout juste entamée. Ses pas retentissent dans le couloir interminable et désert, et chaque seconde qui s'écoule allonge la durée de son retard. Ses bras enlacent des cahiers et des livres, qu'elle plaque avec ardeur contre sa poitrine naissante.

Elle accélère le pas. Elle dépasse des dizaines et des dizaines de rangée de casiers. Ses mignonnes chaussures noires semblent tapoter le carrelage, tant Joelle paraît fragile et légère. Ses tresses flottent derrière elle. La fillette grimpe agilement les escaliers, en regardant ses pieds. Mais un gros bouquin d'histoire, lourd et vicieux, s'échappe de ses bras et dégringole les marches déjà parcourues. Après avoir lâché un "oh zut" (un des derniers qu'elle dira, car les jurons ne font qu'empirer avec l'âge !), elle descend. Mais quelqun a déjà ramassé le livre, et le lui tend d'une main incertaine: il s'agit d'un grand garçon filiforme, au regard écarlate et fuyant. Joelle sourit de toutes ses dent blanches: "Merci. C'est quoi ton nom?'

Il marmonne une réponse incompréhensible. Son visage devient encore plus rouge. Avant de tourner les talons, Joelle lui lance: "Désolée, je dois y aller. Je suis en retard. A plus tard !" Elle réentreprend, les livres toujours serrés contre elle, de gravir l'escalier. Elle a à peine dépassé quelques marches qu'elle entend :
"Je t'aime !!!"

Les mots on été criés dans son dos, d'une voix claire et déterminée. Ils sont salués par un bruit de course effrénée. Elle jette un regard derrière elle: le garçon a disparu. "Il a pris les jambes à son cou", pense-t-elle. Encore sonnée par l'évènemnt, qui a duré seulement quelques instants, elle achève sa montée. Arrivée en haut, elle trouve enfin la salle de cours. Elle pousse la porte, le sourire aux lèvres....


# Posté le dimanche 07 octobre 2007 16:37

Modifié le mardi 09 octobre 2007 13:42

Je vais bien, ne t'en fais pas... (ceci est juste un titre, le texte n'a pas de rapport avec le film =) )

Je vais bien, ne t'en fais pas... (ceci est juste un titre, le texte n'a pas de rapport avec le film =) )
Dans la rue, je vois les premières feuilles des arbres tomber. Elles brassent l'air silencieusement, pour venir se poser délicatement sur les trottoirs. C'est tout jaune, orange, et beau. Le vent éparpille mes cheveux et susurre à mon oreille une mélodie naturelle et indéchiffrable.Je marche, sans but précis, dans cette ambiance d'automne. Je passe près d'un banc, encadré d'arbres aux couleurs chatoyantes. Je remarque la poésie du lieu. Les gens me doublent, me croisent, afférés. Ils ne prennent plus conscience du chemin qu'ils parcourent chaque jour dans l'indifférence. Contraste entre cette nature accueillante et les humains qui ne s'y attardent pas.
Un lointain klaxon me ramène à la réalité.




Alors, je L'aperçois.

Il arrive de loin, en face. Impossible de l'éviter. M'a-t-Il vu ? Je ne peux pas changer de trottoir tant la circulation est dense.

L'idée de l'impact proche fait trembler mes jambes. Je fais mine de chercher quelque chose dans mon sac. La distance entre nos deux silhouettes diminue à vue d'oeil. Je sens Ses yeux se poser sur moi, et la surprise qu'Il éprouve. Je relève alors la tête, mimant l'étonnement. Il me fait un léger signe. Nos deux gênes vont bientôt fusionner. Je détourne le regard, cherchant n'importe quel moyen d'avoir l'air naturelle.

Mon coeur bat la chamade.
Je choisis d'afficher une attitude détachée: celle d'une fille qui a tout oublié: carresses, étreintes, et toute une époque de sa vie, à présent révolue.

"Hey ! ça va?"

J'esquisse un faux sourire, essayant de refouler les larmes que je sens poindre dans mes yeux.

Nous nous faisons la bise. Une sueur froide me parcoure. Mais il n'est absolument pas question de laisser paraître quoi que ce soit.
"Bien bien, et toi?"
_Tes vacs alors c'était comment ?"
J'ai envie d'hurler. Lui crier la mélancolie qui me harcèle depuis tant de mois. Lui hurler toute ma rancoeur, le vide qui me broie. Au lieu de ça, je m'entends lui répondre:
"C'était génial! J'ai beaucp bronzé. J'ai fait de nombreuses rencontres. Je crois que c'était le meilleur été de ma vie ! (...)"

Nous "parlons" ainsi quelques instants, comme de vieilles connaissances. Je réalise alors que le "comme" n'est pas nécessaire. En effet, que suis-je pour lui à présent?

Nous nous quittons sur un "ça m'a fait plaisir de te revoir" qui manque de sincérité.
Puis la foule l'engloutit.
Je reste plantée là, à attendre le déluge. Il ne tarde pas à venir: Les larmes roulent sur mes joues, et tombent de plus en plus drues.
Je reprends mon chemin, la vue brouillée.

Et les feuilles continuent de voler, par centaine.

# Posté le samedi 29 septembre 2007 14:33

Modifié le mardi 06 novembre 2007 17:23