Dans la rue, je vois les premières feuilles des arbres tomber. Elles brassent l'air silencieusement, pour venir se poser délicatement sur les trottoirs. C'est tout jaune, orange, et beau. Le vent éparpille mes cheveux et susurre à mon oreille une mélodie naturelle et indéchiffrable.Je marche, sans but précis, dans cette ambiance d'automne. Je passe près d'un banc, encadré d'arbres aux couleurs chatoyantes. Je remarque la poésie du lieu. Les gens me doublent, me croisent, afférés. Ils ne prennent plus conscience du chemin qu'ils parcourent chaque jour dans l'indifférence. Contraste entre cette nature accueillante et les humains qui ne s'y attardent pas.
Un lointain klaxon me ramène à la réalité.
Alors, je L'aperçois.
Il arrive de loin, en face. Impossible de l'éviter. M'a-t-Il vu ? Je ne peux pas changer de trottoir tant la circulation est dense.
L'idée de l'impact proche fait trembler mes jambes. Je fais mine de chercher quelque chose dans mon sac. La distance entre nos deux silhouettes diminue à vue d'oeil. Je sens Ses yeux se poser sur moi, et la surprise qu'Il éprouve. Je relève alors la tête, mimant l'étonnement. Il me fait un léger signe. Nos deux gênes vont bientôt fusionner. Je détourne le regard, cherchant n'importe quel moyen d'avoir l'air naturelle.
Mon coeur bat la chamade.
Je choisis d'afficher une attitude détachée: celle d'une fille qui a tout oublié: carresses, étreintes, et toute une époque de sa vie, à présent révolue.
"Hey ! ça va?"
J'esquisse un faux sourire, essayant de refouler les larmes que je sens poindre dans mes yeux.
Nous nous faisons la bise. Une sueur froide me parcoure. Mais il n'est absolument pas question de laisser paraître quoi que ce soit.
"Bien bien, et toi?"
_Tes vacs alors c'était comment ?"
J'ai envie d'hurler. Lui crier la mélancolie qui me harcèle depuis tant de mois. Lui hurler toute ma rancoeur, le vide qui me broie. Au lieu de ça, je m'entends lui répondre:
"C'était génial! J'ai beaucp bronzé. J'ai fait de nombreuses rencontres. Je crois que c'était le meilleur été de ma vie ! (...)"
Nous "parlons" ainsi quelques instants, comme de vieilles connaissances. Je réalise alors que le "comme" n'est pas nécessaire. En effet, que suis-je pour lui à présent?
Nous nous quittons sur un "ça m'a fait plaisir de te revoir" qui manque de sincérité.
Puis la foule l'engloutit.
Je reste plantée là, à attendre le déluge. Il ne tarde pas à venir: Les larmes roulent sur mes joues, et tombent de plus en plus drues.
Je reprends mon chemin, la vue brouillée.
Et les feuilles continuent de voler, par centaine.